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En 2015, l'excellente revue Ni patrie ni frontières publiait un dossier complet sur le "Racisme antimusulmans et l'antisémitisme en Europe : deux fléaux qu’il faut combattre ENSEMBLE".

L'appel du 19 mars, essentiel pour dénoncer le dispositif étatique de construction et d'utilisation du racisme antimusulman, écarte toute mention de l'antisémitisme et toute organisation juive française. Pourtant celui-ci est bien réel, est croissant et provient à la fois des traditions racistes européennes et arabo-musulmanes tout aussi ancienne et ancrée culturellement...  Aucune distinction ne doit être effectuée entre ces deux racismes, aucune négation n'est tolérable, car les deux ont la même fonction de division et d'affaiblissement de la lutte anticapitaliste. Aussi, n'acceptons aucun slogan, aucune agression antisémite le dimanche 19 mars, quittons la manifestation dans le cas contraire. Voici ci dessous quelques arguments chiffrés  tirés de cette revue qui prouvent qu'il ne s'agit pas d'un délire sioniste favorable à un imaginaire "lobby juif".

 

"Si l’on compare les chiffres fournis par le ministre français de l’Intérieur, les organisations juives et  musulmanes, personne ne peut nier sérieusement que l’antisémitisme et le racisme antimusulmans  croissent en France. Néanmoins, le nombre d’actes antisémites est beaucoup plus important que les  actes antimusulmans, puisque les Juifs sont de quatre à dix fois moins nombreux que les  «musulmans» en France

Selon le rapport 2014 du SPCJ, les actes antisémites enregistrés en France ont augmenté constamment  de 1998 à aujourd’hui, avec des pics à 974 en 2004 et autour de 400/600 dans les années plus  «tranquilles». Parallèlement, les actes et menaces racistes et xénophobes (qui incluent ceux qui touchent  les «musulmans») n’ont également cessé de croître : par exemple, on a relevé 117 actes et menaces  racistes et xénophobes en 1998 et 595 en 2004; 75 menaces et actes antisémites en 1998 et 970 en 2004. "

Tableau comparatif entre l’antisémitisme et le racisme antimusulmans dans l’Union européenne

La plupart des Etats européens ne recueillent pas de statistiques religieuses et/ou ethniques. Par  conséquent, le tableau inclus dans cet article ne fournit pas une image précise de l’antisémitisme et du  racisme antimusulmans. Il donne seulement une idée très approximative de ces deux fléaux, puisqu’on  estime qu’au moins 75% des victimes (musulmanes ou juives) ne se signalent pas à la police ni à leur  association locale. Et que, de toute façon, seulement 3% des plaintes sont suivies d’un procès...  Comme une camarade me l’a écrit: «Pour les statistiques des actes antisémites et islamophobes, le  problème n’est pas seulement celui de la non-déclaration globale, mais aussi celui de ce qu’on appelle  un acte antisémite ou islamophobe. Par exemple, dans beaucoup de statistiques, les violences policières  ne sont pas prises en compte, et encore moins lorsqu’elles touchent par exemple des personnes sanspapiers.  De même, dès lors qu’elles émanent d’autorités de l’Etat ou administratives, leur taux de  déclaration est encore bien plus bas, même aux associations musulmanes et antiracistes. C’est pour ça  qu’à mon avis, forcément le comptage des actes islamophobes est beaucoup plus minoré.  Concernant la période actuelle, après les attentats de janvier 2015, à mon avis, ce sera encore pire:  la plupart des gens ont connu au moins une agression verbale, mais ne la signaleront nulle part, tant ça  s’est banalisé. Et surtout la peur s’est vraiment installée: la peur d’avoir encore plus d’ennuis en  réagissant, notamment.

Par ailleurs, il est très difficile de distinguer racisme anti-Arabes et racisme antimusulmans, les deux  s’alimentant mutuellement et se confondant souvent.  Un cousin avait postulé pour un travail et passé un entretien très concluant avec la DRH, qui lui avait  dit que c’était bon, suite au conseil d’un ami qui bossait déjà dans cette boite et savait qu’il y avait une  place vacante dans son service. Il a appris hier, par cet ami, que la chef de ce service fait tout pour qu’il  ne soit finalement pas embauché avec des propos tenus devant témoins : «Il y a déjà un Arabe dans le  service, je n’en veux pas deux.»  Je ne pense pas que cette parole aurait été forcément aussi nette avant janvier, mais, ceci étant, il n’y  a aucune possibilité de le déclarer où que ce soit, dans la mesure où aucun salarié témoin ne témoignera,  évidemment. Donc, outre le fait que tous les indicateurs sont à la hausse, les statistiques nous disent très  peu sur la réalité, et encore moins si l’on veut comparer les différentes formes de racisme

 L’opinion de cette camarade correspond exactement à la conclusion de l’Agence pour les droits  fondamentaux de l’UE, peu suspecte de gauchisme, à propos des «Expériences de la discrimination et des  crimes de haine vécues par des personnes juives dans les pays de l’Union européenne» : «Les victimes  ont tendance à ne pas signaler à la police ou à d’autres organisations spécialisées les crimes antisémites  qu’elles ont subis, mêmes ceux qu’elles jugent les “plus graves” ou qui les affectent le plus, selon les  résultats de l’enquête. Ceci illustre une nouvelle fois que les statistiques officielles de la police ou de la  justice pénale ne représentent que la partie visible de l’iceberg et sous-estiment la gravité de la situation  réelle.» 

Pays 

Population 

Pourcentage population 

Actes racistes contre les 

Crimes de haine (1)

Allemagne 

80,300,000 

 

 

4,647

Juifs 

119,000 

0,144% 

1,275

 

Musulmans 

4,100,000 

5%

 

 

France 

65,200,000 

 

 

1,765

Juifs 

478,000 

0,751% 

614  à  851

 

Musulmans 

4,700,000 

7,50% 

226  à  693

 

Royaume  uni 

63,400,000 

 

 

47,986

Juifs 

290,00 0

0,459% 

440  à  640

 

Musulmans 

2,900,000 

4,60% 

97  à  632

 

Italie 

60,200,000 

 

 

472

Juifs 

28,100 

0,046% 

19  à 87

 

Musulmans 

1,5800,000 

2,60%

 

 

Espagne 

46,800,000 

 

 

1,168

Juifs 

12,000 

0,026% 

19.

 

Musulmans 

1,020,000 

2,30%

 

 

Pologne 

38,500,000 

 

 

757

Juifs 

25,000 

0,065% 

25  à 36

 

Musulmans 

300,000 

1.%

 

 

Roumanie 

20,000,000 

 

 

 

Juifs 

9,400 

0,044% 

2.

 

Musulmans 

67,000 

3.%

 

 

Pays-Bas 

16,000,000 

 

 

 

Juifs 

29,000 

0,179% 

114  à 283

 

Musulmans 

910,000 

5,50%

 

 

Grèce 

11,100,000 

 

 

 

Juifs 

4,500 

0,042% 

109

Musulmans 

520,000 

4,70%

 

 

Portugal 

10,500,000 

 

 

 

Juifs 

600 

0,006%

 

 

Musulmans 

60, 

000 

0,60%

 

Belgique 

11,100,000 

365

 

 

Juifs 

30,00 

0,270% 

7  à 88

 

Musulmans 

450,000 

4.7%

 

 

République

 

 

 

 

tchèque

 

 

 

 

10,500,000 

 

 

41

 

Juifs 

3,900 

0,037% 

9  à 98 

63

Musulmans 

10,000 

1/%

 

 

Hongrie 

10,000,000 

 

 

48

Juifs 

48,000 

0,485% 

12  à 111

 

Musulmans 

320 

3%

 

 

Suède 

9,400,000 

 

 

3,943

Juifs 

48,000 

0,158% 

79  à 221

 

Musulmans 

320,000 

4,90% 

306.

 

Autriche 

8,400,000 

 

 

110

Juifs 

15,000 

0,106% 

37  à 151

 

Musulmans 

450,000 

6.% 

77  à 920 

(2)

Bulgarie 

7,300,000 

0,218% 

651

 

Juifs 

9,000 

0,028% 

1

 

Musulmans 

500,000 

12.6% 

16

 

Norvège 

4,900,000 

 

 

258

Juifs 

2,000 

0,026% 

25  à 37

 

Musulmans 

986,000 

3.% 

2

 

Croatie 

4,200,  000 

 

 

35

Juifs 

1,700 

0,154% 

2

 

Musulmans 

62,000 

1,47% 

1

 

Danemark 

5,500,000 

 

 

 

Juifs 

6,400 

0,114% 

4

 

Musulmans 

220,000 

3,70%

 

 

Slovaquie 

5,400,000 

 

 

220

Juifs 

2,600 

0,048% 

4

 

Musulmans 

10,000 

0,20%

 

 

Finlande 

5,400,000 

 

 

904

Juifs 

1,300 

0,024% 

6

 

Musulmans 

40,000 

0,80%

 

 

Irlande 

4,500,000 

 

 

109

Juifs 

1,200 

0,026% 

4

 

Musulmans 

40,000 

0,90% 

3.

 

Lituanie 

3,000,000 

 

 

 

Juifs 

3,400 

0,106% 

 

3

Musulmans 

40,000 

3.

 

 

Luxembourg 

500,000 

 

 

 

Juifs 

600 

0,120%

 

 

Musulmans 

10,000 

2,30%

 

 

 

Notes du tableau

1. On appelle «crimes de haine» les actes racistes, xénophobes, antisémites, antimusulmans, antichrétiens, anti-  LGBT, anti-Roms. Ceux-ci peuvent prendre différentes formes: agression physique, dommages matériels,  intimidation, harcèlement, insultes, graffitis, lettres et mails. 

2. Il existe une énorme différence entre les 77 actes antimusulmans recensés et les 920 affaires portées devant  les tribunaux. Comme ces dernières dépendent d’actes perpétrés par des groupes fascistes, j’ai fait l’hypothèse  qu’ils relèvent à la fois du racisme antimusulmans et de l’antisémitisme. 

Seuls trois États communiquent à l’OSCE des données sur les crimes antimusulmans: la Suède, la  France et l’Autriche.  Dix États (Autriche, République tchèque, France, Allemagne, Irlande, Moldavie, Pologne, Espagne,  Suède et Royaume-Uni) remettent des rapports sur l’antisémitisme à l’OSCE.  De plus, les statistiques varient selon les sources : tribunaux, police, institutions étatiques, ONG, etc.

 Nous pouvons tirer trois conclusions de ce tableau: 

1) Compte tenu du rapport numérique entre musulmans et juifs en Europe, il y a beaucoup plus  d’«incidents» antisémites qu’antimusulmans. Cela contredit l’hypothèse générale de la gauche, de  l’extrême gauche et de nombreux spécialistes des sciences sociales, pour qui l’antisémitisme serait en  train de disparaître, serait devenu un phénomène secondaire, et «l’islamophobie» serait la principale  menace raciste dans les sociétés européennes. Mais évidemment, ce tableau ne fournit aucune indication  sur les discriminations sociales contre les juifs et les musulmans: dans ce cas, il est tout à fait évident que  les musulmans (et les Roms) sont certainement beaucoup plus victimes de discriminations sociales et du  racisme institutionnel que les Juifs.

 2) Contrairement aux mensonges propagés par les partis nationaux-populistes et les groupes  fascistes, les «musulmans» (de culture ou de religion) ne constituent qu’une petite minorité en  Europe, entre 5 et 10% de la population. Il n’y a donc aucune «invasion musulmane» en cours et  l’Eurabia ou le «grand remplacement» relèvent d’un mensonge grossier.  

 3) Les incidents racistes ciblent non seulement les Juifs et les «musulmans» mais aussi toutes les  minorités non-européennes. Les Roms sont certainement la minorité la plus détestée dans toute  l’Europe, comme le montrent tous les sondages et enquêtes. Le fait que l’intolérance et les préjugés se  développent contre toutes les minorités n’est certainement pas une information rassurante, mais lorsqu’on  parle de discrimination raciale et d’exclusion (deux des conséquences concrètes du racisme), on doit  toujours garder à l’esprit qu’il existe toutes sortes de discriminations qui n’ont aucune base ethnique,  nationale ou religieuse : les discriminations et l’exclusion massives fondées sur les critères de classe sont  considérées comme «normales», «inévitables» ou «éternelles» par la plupart des gens, y compris par de  nombreux travailleurs et exploités. Les discriminations et l’exclusion fondées sur le sexe et l’orientation  sexuelle sont également fondamentales et affectent toutes les minorités ethniques, nationales et  religieuses, mais aussi les majorités.  L’antiracisme est évidemment une dimension essentielle de notre lutte, mais nous ne devons pas pour  autant réduire tous les problèmes sociaux au racisme, et leur solution à l’adoption d’une attitude amicale  et empathique (par ailleurs pleinement justifiée) envers les minorités, ce qui est aujourd’hui l’idéologie  officielle au sein des institutions de l’UE et de la plupart des grands partis politiques en Europe  aujourd’hui.  La lutte pour l’égalité et l’équité ne peut être efficacement menée que dans une perspective de classe,  sur la base de l’organisation des exploités contre toutes les formes de domination sociale. La lutte pour  l’égalité ne peut se réduire à la diffusion de valeurs morales, humanistes, de surcroît célébrées dans le  cadre d’une grande communion nationale, voire européenne, réunissant toutes les classes. Cette  communion ne fait que perpétuer la domination et l’exploitation capitalistes.

-          Sources du tableau  Statistiques sur la population : Eurostat 2012  – Statistiques de l’European Monitoring Center on Racism and Xenophobia (Observatoire européen  des phénomènes racistes et xénophobes)  – Base de données des Nations unies  – Musulmans : enquête du Pew Research Center 2010 et Wikipedia  – Juifs: American Jewish Year Book (les statistiques citées ci-dessus comprennent ce qu’on appelle le  «noyau de la population juive» mais pas la «population juive élargie», concept étrange qui désigne «ceux  de filiation juive qui peuvent avoir adopté une autre religion ou choisi de se retirer du judaïsme ainsi que  les membres du ménage tels que les conjoints et les enfants qui ne sont pas inclus autrement» !)  – Berman Jewish databank 2013  – Crimes de haine antisémites: UE 2013, OSCE 2013, Stephen Roth Institute for the Study of  Contemporary Racism and Anti-Semitism, 2013 (Anti-Semitism worldwide 2012, General Analysis)  – Sur les actes antimusulmans: CCIF, Tell Mama et OSCE 2013  – Yearbook of Muslims in Europe 2011  – Site de l’OSCE: Hate Crimes in the OSCE region. Incidents and responses (2012)  http://www.osce.org/ 

-           Sources utilisées pour l’article proprement dit  * Anti Defamation League  http://global100.adl.org/  Cette organisation de droite recueille des informations qui reposent principalement sur des sondages et  une liste de questions standard. Cette méthode n’est certainement pas la façon la plus scientifique de  procéder pour mesurer l’antisémitisme de manière sophistiquée. Néanmoins, elle fournit des graphiques  utiles, faciles à comprendre, mais à utiliser avec prudence.  – The Working Definition of Anti-Semitism – Six Years After Unedited Proceedings of the 10th  Biennial TAU Stephen Roth Institute’s Seminar on Anti-Semitism, August 30 – September 2, 2010  On peut aussi trouver de nombreuses données utiles sur ce site  http://www.kantorcenter.tau.ac.il/publications-documents  * Anti-Semitism Worldwide 2013 General Analysis  * CCIF - Rapport 2014  * Publications de l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes  – Les musulmans au sein de l’Union européenne- Discrimination et Islamophobie, 2006  – Perceptions de la discrimination et de l’islamophobie. Points de vue de membres des communautés  musulmanes dans l’Union européenne, 2006  – The fight against Anti-Semitism and Islamophobia. Bringing communities together  – Anti-Semitism. Summary overview of the situation in the European Union 2002–2012  – Discrimination et crimes de haine à l’égard des personnes juives dans les États membres de l’UE :  expériences et perceptions de l’antisémitisme, 2013  Ces rapports institutionnels sont, pour l’essentiel, mortellement ennuyeux et remplis de remarques  juridiques qui n’ont aucun intérêt pour les militants antiracistes. Néanmoins, ils contiennent des  informations concrètes utiles et des témoignages, même si la principale tendance idéologique, en ce qui  concerne le racisme antimusulmans, est de favoriser le «dialogue interculturel», ce qui signifie le  dialogue «interreligieux». C’est donc une façon d’exclure les athées et les non-croyants, et de donner tout  pouvoir aux Eglises de définir ce que sont la liberté d’expression et la liberté de pensée.  * Les rapports de l’Organisation pour la Conférence islamique dont celui-ci  http://www.oic-un.org/document_report/Islamophobia_rep_May_23_25_2009.pdf  Utile en raison de l’impressionnante collection de faits recueillis sur tous les aspects du racisme  antimusulmans, de la xénophobie et du racisme anti-Arabes et anti-Africains. Par contre, le fait qu’il soit  financé par 57 Etats ne le rend évidemment pas très «progressiste»...  * SCPJ 2014, Rapport sur l’antisémitisme en France  * Muslim Rights, Rapport annuel sur l’islamophobie en Belgique