Identification

Syndications

Ca faisait bien deux trois mois que je n'avais pas bougé mon cul pour une soirée hip-hop. Hier soir, La Rumeur m'a fait sortir de ma torpeur... mais pas qu'eux
http://deco-00.slide.com/r/1/190/dl/2iqBylxe5D9VeSZK4xQezKxOz9A5guqx/watermark

Ca faisait bien deux trois mois que je n'avais pas bougé mon cul pour une soirée hip-hop. Hier soir, La Rumeur m'a fait sortir de ma torpeur... mais pas qu'eux.

 

Arrivé en avance, je me cale au chaud sous les sourires bienveillants des gens de la MJC, avec Casey en fond sonore pour donner le ton. Quelques minutes plus tard, c'est 'Teddy Flow' qui ouvre le feu. Sur scène, il ramène son pote 'L'armateur' pour chauffer la salle. Dans le public, ça reste un peu timide mais les deux Mcs déchargent un bon flow, plutôt soigné. C'est des mecs du quartier, ça dédicace à tout bout de plaine (des Ronceray), aux potes qui peuplent la fosse et visiblement ils prennent beaucoup de plaisir à rapper, en écorchant au passage quelques hypocrites (les 'faux gangstas'). Le rap du bloc 13, avec quelques trouvailles dans l'écriture, ça donne un bon petit début de soirée.


Le temps d'un changement de plateau et d'une petite clope pour d'autres, et c'est reparti avec le mystérieux « rap à lunettes » de 'Substance M'. On sort du schéma traditionnel avec un son et une ambiance qui paraît un peu plus « teckos ». Le rap est moins travaillé, plus naturel, le son se fait aussi plus saturé et dans les mains des artistes, la kro a remplacé l'eau. Les deux comparses courent dans tous les sens en gesticulant de façon étrange dans un flot continu de références à la modernité informatico-science fictionnelle. La deuxième chanson, dédicacée à Kool Shen (« laisse pas trainer ton fist »), on sent le côté décalé qui commence à faire effet. Ça commence doucement et, alors que c'était loin d'être gagné, presque tout le monde se laisse prendre au jeu et ris des caricatures que nous livre … et … (une petite pensée pour Sefyu, bien épinglé). Le politique commence également à arriver, entre deux fables poético-graveleuses (dont « la fable de la femme fontaine »...) avec une chanson pour Eric Besson et une introduction à clouer le bec. Bien déjantée, la recette plait et le plaisir est communicatif et convivial.


Les gens commencent enfin à affluer et, parmi eux, les copains du quartier transformés pour l'occasion en apprentis journalistes (pas de doute, on les préfère à PPDA!) pour se faufiler, hors des règles de l'art, dans les couloirs-loges de la MJC. Malheureusement, j'ai manqué de réactivité sur ce coup là, désolé.


Ceci dit, c'est pas grave pour ma soirée puisque les tourangeaux de 'Ali'N and Cesko' débarquent juste après. Une longue intro mixé par un DJ prometteur qui nous balance un petit pot-pourri de rap de plus en plus chanmé, ça s'annonce bien. Les deux Mcs débarquent, la trentaine, des gueules un peu à la Kool Shen, c'est encore un autre visage du rap qui débarque.

Et bam! Direct, ça envoie grave! Musicalement, c'est une tuerie et ça enchaine sur un appel au soulèvement et à l'insurrection, qui fleure bon la rage du peuple, l'envie d'foutre un coup de pompe dans la fourmillière et le cul de nos dirigeants! Ca libère un peu le public (« Ça, c'est du rap! ») parce oui, rap et politique, notre zik, c'est comme ça qu'on l'aime! Fervents défenseurs du rap, ils savent montrer l'exemple avec une maturité politique bien soutenue par une poésie soignée. C'est du bon vieux rap à l'ancienne, qui nettoie les esprits encrassés à grands coups de rimes acérées. Et alors qu'on commence à reprendre en coeur, la dernière chanson qui proclame « Je ne suis plus un enfant/ Je n'ai ni dieu ni maître » ne peut que me faire savourer davantage. Eux, même si j'ai pas eu le temps de choper leur skeud, on se recroisera dans mon MP3. Allez, 1er coup de coeur de l'année!


On se rince le gosier autour d'une petite bière et voilà enfin Ekoué et sa bande ethnique à lui tout seul qui déboule dans le coin! Dans une ambiance vite assombrie, 'La Rumeur' taille des costards à tous les puissants et leurs « tailleurs de pipes ». Parce que, oui, chez La Rumeur, il y a aussi ce revers de médaille qui rappelle le chemin à parcourir (et c'est pour ça qu'il ne faut pas l'esquiver) : les paroles sont couillues... et parfois un peu trop. Homophobie revendiquée ou simple écriture rageuse et mal contrôlée qui subit les turpitudes du langage? Difficile de penser que des types d'un tel niveau politique puissent être foncièrement macho et beauf comme un Sean Paul ou autres...

Toujours est-il que de Sarko au CSA, en passant par Yade et les flics, tout le monde y passe. Dans un style qui n'appartient qu'à eux, La Rumeur nous livre des analyses cinglantes et (souvent) pertinentes, tout en chauffant une salle qui leur est déjà conquise. La chanson sur Skyrock en fout plein la tête à cette VRP du rap bling-bling et c'est non sans un sourire qu'on regarde Ekoué attraper son téléphone et filmer les doigts d'honneur qui fleurissent pour Difool et sa bande. Et un message de bonne année envoyé, un! Le refrain de « Qui ça étonne encore? » repris par toute la salle, des sourires sur scène comme dans la fosse, quelques pétards qui s'autorisent un sortie couverte... Pas de doute, ça fait du bien de se sentir encore chez soi quelque part. Ça se termine vite, trop vite malgré un court retour sur scène. Une soirée qui se termine en beauté, donc et qui en appelle d'autres!