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Démagogie sécuritaire : discours nationaux, réalités locales

Alors que le gouvernement continue avec ignominie à faire pression sur les municipalités pour relayer, et financer, son discours démagogique sur « l’insécurité » en désignant des boucs-émissaires, les réalités locales mancelles sont étrangement passées sous silence.

Zut ! pourtant la presse locale nous le répétait depuis des mois : Le Mans connaissait une recrudescence dangereuse et incontrôlées de sa délinquance urbaine… Des gens sortaient la nuit dans ce qu’il reste de bars, ils buvaient, faisaient la fête… et puis certains rentraient chez eux, parfois en criant, en riant et se poussant. Tout simplement inadmissible ! Le Mans allait-elle ressembler à ce nouveau Chicago de l’Ouest nommé La Ferté Bernard ? Là-bas, la situation est devenue tellement intenable qu’il a fallu installer des caméras de vidéo-surveillance dans le quartiers chaud de la métropole du Nord-Sarthe…Des gens marchaient même après minuit… On y a même vu une dizaine de personne dans la rue avec des bières à la main… Heureusement, notre Maire et ses fidèles adjoints de « gauche » pourront s’inspirer cette magnifique initiative du Maire UMP fertois. Ils réflêchissent à la reproduction des dépenses en équipement  de caméras dans le centre-ville à l’image du Tramway dont chacun a pu mesurer le grand effet dissuasif… 

 

Et puis patatras ! Dans l’indifférence générale, la Préfecture de la Sarthe publiait les résultats de chiffres de la délinquance pour 2010(http://www.sarthe.pref.gouv.fr/article1705.html). Et qu’y apprend-on ? «Au premier semestre 2010, tous les indicateurs permanents sont en baisse. Cette baisse est significative pour les escroqueries et les infractions économiques et financières (-22,87 %), elle est sensible pour les atteintes aux biens (-3,56 %)et stable pour les atteintes volontaires à l’intégrité physique (-0,36 %) ). Sur les indicateurs ciblés doivent être soulignés la baisse des criminalités organisées et délinquance spécialisée (-42,86%) et des cambriolages des résidences principales et secondaires (-11,91%). L’évolution des cambriolages des locaux industriels et commerciaux reste défavorable (+9,80%), elle s’inscrit dans une tendance nationale. » 

 

La tuile : Comment faire gober aux électeurs qu’il faut plus de flics, plus de caméras, plus de police municipale, plus de prisons, plus de détenus et qu’il faut chasser les SDf ou les roms ? L’heure est grave : les gens vont se focaliser sur la crise économique, le chômage et leurs retraites de misère. Ils vont même se poser des questions sur le sens de la vie… Autre nouvelle inconcevable : la prison rentable de bouygues à Coulaines, « notre » prison moderne et modèle, tellement utile à la ville de Coulaines et à son Maire pour faire gagner des habitants permanents et tellement prisée des entreprises pour abaisser leur coûts de production (dans l'Ouest, un détenu sur cinq travaille pour le compte d'entreprises privées), cette prison de rêve a des « problèmes » : Evasion, suicide, rébellion, agression….  Il y a de quoi de rien y comprendre : on entasse les « délinquants »  et les tarés à l’écart dans un coin paumé et aseptisé et les emmerdes continuent. L’enfermement, ça sert pourtant à les oublier… 

 

Afin de bien prendre la mesure de la manipulation politique et médiatique en cours sur la construction de véritables « fantasmes » sur la délinquance, rien de tel qu’un petit rappel historique sur la permanence d’un discours bourgeois sur le laxisme de la justice et l’aggravation supposée de la violence et de la sûreté publique, le rejet de l’ordre public. Quand, à la fin du XIXème siècle, il a fallu purger la société des agitateurs et protéger la répression sociale patronale impitoyable après l’écrasement de la commune et la chute du second empire (entre 1872 et 1894), voici ce qu’on disait mot pour mot à l’époque dans les rangs des flics de la république sur les habitants des quartiers populaires. C’est la même rengaine depuis un siècle, le même ton alarmiste, la même nostalgie pour un régime plus autoritaire qui soutenait une bonne répression, le même sentiment de détestation du peuple quand celui-ci ose remettre en cause l’ordre sacré de la légalité ou doute de la probité des représentants de l’Etat et de leur sens de la justice, la même hargne à réclamer l’impunité pour la police « agressée », forcément méritante et exemplaire. Le discours actuel est singulièrement identique…

 

 Il s’agit d’un extrait écrit en 1884 du « Dictionnaire de la Racaille, le manuscrit secret d’un commissaire de police parisien au XIXème siècle » par Adolphe Gronfier, 335 pp, édition HORAY (2010) : 

 

SERGENT DE VILLE (gardiens de la Paix) 

 

« Le sergot est un trouble-fête ; on lui en veut de sa vigilance ; on lui en veut aussi d’autre chose, de son passé qu’on ne lui pardonne point, c’est-à-dire d’un temps où la sécurité de la rue était tout autre, jusque dans les quartiers les plus abandonnés. Cette haine du sergent de ville est particulière à la populace de Paris ; celle-ci la pousse même jusqu’à un tel degré d’exagération qu’elle ne perd pour ainsi dire pas une occasion de prendre parti pour le filou arrêté contre les agents qui l’arrêtent. Cette manière de voir et d’agir fait partie du catéchisme nouveau, et , dans peu d’années, nul ne sera certainement parfait citoyen, s’il ne réclame l’abolition de la police, une de ces institutions hiératiques que nos jours plus civilisés répudient et qui seront bientôt la honte d’un pays, si les couches qui poussent ne parviennent à y mettre bon ordre. Il est dit dans la loi que tout citoyen doit assistance à l’agent de l’autorité dans l’exercice de ses fonctions, principalement lorsque, en cas de flagrant délit, il opère une arrestation sur la voie publique. Dans la plupart des cas, je mets quatre-vingt-quinze pour cent, pour rester au dessous de la vérité, c’est le contraire qui a lieu, surtout dans les quartiers excentriques, et, si le public intervient, c’est pour arracher le filou aux mains des agents, ou tout au moins pour invectiver ceux-ci de la belle manière. Les pauvres gens s’y font et n’ont plus l’air de trouver cela extraordinaire, mais comment leur zèle n’en serait-il pas refroidi ? Remarquez aussi qu’ils sont armés et qu’ils ne font presque jamais usage de leurs armes ; dans les cas très difficiles, ils tirent en l’air. Autant alors leur donner des fusils de paille et des sabres de bois. Ils n’en seraient ni plus ni moins respectés. La police a beau faire. Toujours on lui en veut et l’on ne perd aucune occasion de le lui dire. Ajoutez à cela un peu de désarroi qui commence là comme ailleurs, des protections et des passe-droits, dus à des influences auxquelles on n’ose pas dire non, et enfin, et surtout, l’idée bien arrêtée qu’il est inutile de faire du zèle, puisque l’on est certain d’avance de n’y rien gagner. Il serait puéril et même ridicule d’exiger, dans une ville comme Paris, une police impeccable, surtout en présence de ces légions de repris de justice que l’on semble conserver avec tant de sollicitude. »