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Résumé de l'intervention de Saïd Bouamama aux 3èmes Rencontres Nationales des Luttes de l'Immigration le 25/11/2011 à Créteil

Saïd Bouamama est socio-économiste et chargé de recherche à l'iFAR( Lille). Il est également le directeur de publication du site« Les figures de la domination ». il a publié de nombreux ouvrages portant sur les milieux populaires, les jeunesses et l'immigration,et notamment La France, autopsie d'un mythe national( Larousse 2008) et Les Classes et Milieux populaires( Editions du Cygne, 2009). Son dernier ouvrage , Les discriminations racistes : une arme de division massive, est paru en 2010.


L'impérialisme

 

Depuis une cinquantaine d'années, on peut constater les conséquences des rapports coloniaux sur la manière dont sont traités les migrants. Ce sont les mêmes luttes qui ont lieu au Nord comme au Sud.

Cependant pas d'homogénéité dans les luttes des pays arabes. Le mot impérialisme est devenu désuet au Nord, alors qu'il y est fait référence dans tous les mouvements militants au Sud.

Aux USA, les discours du pouvoirs assument leur position impérialiste, revendiquent même une position de pacificateurs.

 

Quelques données objectives pour souligner que le degré d'oppression impérialiste a augmenté :

 

Jamais les contre-poids à l'impérialisme n'ont été aussi faibles.

 

Il n'y a pas d'histoire séparée entre la périphérie et le centre, au contraire il s'agit de la même histoire de la non-séparation entre destruction et pillage à la périphérie et développement au centre.

 

 

L'impérialisme change de forme mais pas de fond.

On peut prendre l'exemple de l'histoire du racisme, qui s'est développé sur des arguments biologiques et a dû se réformer après la période nazie. En effet l'application aux Blancs de violences jusque là réservées à des Noirs a exigé une transformation idéologique et débouché sur le racisme culturel.

 

Après le pillage amérindien et le partage colonial du monde, se développent les luttes de décolonisation. La victoire de Dien Bien Phu est le point de départ de la lutte de libération nationale en Algérie. Les luttes de décolonisation revendiquent l'indépendance politique mais aussi des relations économiques d'égal à égal. Les impérialismes répondent par une vague d'octroi d'indépendances africaines, et une vague d'assassinat de tous les leaders qui visent aussi l'indépendance économique. Ils mettent aussi en place des outils économiques pour remplacer la colonisation, FMI, Banque Mondiale.

 

La dette est la forme principale de l'impérialisme actuel. Après un amorçage par des crédits aux pays pauvres selon des règles contraignantes qui entravent le développement économique, d'autres ouvertures de crédit sont rendues inévitables. Les bailleurs imposent alors la destruction des services publics, la fin des protections douanières, de sorte que les intérêts des pays du centre soient portés par les gouvernements des pays périphériques, ce qui est une forme de dictature.

Maintenant que les pays du centre sont eux aussi frappés par l'arme de la dette, existent les conditions d'une prise de conscience des peuples du Nord.

 

 

Le travail de justification idéologique pour préparer les populations à accepter

Toutes les théories actuelles ont les mêmes origines, elles viennent de fondations financées par les grands groupes pour trouver les idéologies qui passent le mieux :

 

L'objectif est de nous habituer à ne plus analyser ce qui se passe en Côte d'Ivoire de la même façon que nous analysons ce qui se passe en France, à utiliser une analyse culturaliste au lieu d'une analyse matérialiste et scientifique, de manière à transformer les victimes en coupable (guerres d'Afghanistan, d'Irak ).

 

Les outils de diffusion idéologiques

 

Les grandes fondations vont s'installer non pas là où sont les besoins les plus criants, mais là où il y a des ressources et où elles pourront peser sur les décisions politiques.

Il faut faire une distinction entre Etat et Pouvoir, il y a une volonté de détruire l'Etat mais pas les pouvoirs dictatoriaux. Quand les peuples se révoltent , la réaction est violente. Tous les pays visés par des projets de guerre ont essayé de desserrer l'étau de l'asphyxie économique, ont défendu des positions anti-sionistes et soutenu l'idée de payer les exportations en d'autres monnaies que le dollar. Le rôle d'Israël est stratégique comme outil de contrôle de l'ensemble du Moyen-Orient et est soutenu y compris par des non-juifs et des non-sionistes.

 

 

- Les nouveaux discours

La critique de l'impérialisme est remplacée par un discours sur « l'Empire ». il y aurait un seul ennemi, les USA, avec une mainmise totale, les autres puissances étant des valets. Il y a ainsi une remise en cause de l'idée que l'impérialisme est un système économique où les puissances sont en concurrence. Selon Samir Amin, la nouveauté est l'unité des impérialismes pour attaquer , mais pas pour exploiter la victoire et partager le butin. Il y a un jeu de contradictions qui permet de comprendre l'évolution des conflits.

 

 

 

Les révoltes arabes

Des millions de personnes les soutiennent avec un extrême courage, les grandes puissances sont surprises et ont été piégées par leurs idéologies, des réactions et contre-offensives ont immédiatement été lancées :

 

Il n'est pas possible d'avoir un avilissement de l'image des Noirs et des musulmans sans conséquences sur le traitement des migrants et leurs descendants ici en France. Il faut se structurer pour être visibles en soutien anti-impérialiste aux côtés des peuples agressés.