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Catégorie parente: actualités politiques et sociales
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En fin de semaine dernière, le gouvernement fançais a fait voter en urgence une loi sur la modernisation du dialogue social dans la fonction publique. Fait rare, il a fait ajouter en fin de séance un article supplémentaire nouveau, en prenant à defaut tous les députés. Cet article instaure la prime au mérite pour tous les fonctionnaire d’Etat et permet aux collectivités qui le souhaitent de faire de même  à la faveur de la remise à plat du système complexe de rémunérations des fonctionnaires territoriaux à l’aide de primes diverses et parfois exotiques. (Voir projet de loi )

 Par un plus grand et heureux des hasards, le monde est quand bien fait, hein ?, la crise financière des Etats européens offre cette semaine l’opportunité à ce même gouvernement  de mettre en place une politique de rigueur budgétaire des dépenses de l’Etat sans précédent.

Et qui va devoir faire des efforts ? dans le mille, Emile ! « Les dépenses de fonctionnement courant de l'Etat diminueront de 10 % en trois ans, avec une baisse de 5 % dès 2011. Un effort de productivité de même ampleur sera demandé aux opérateurs de l'Etat » Cela se fera en tapant sur les fonctionnaires, en continuant à supprimer des emplois et donc, fait nouveau et heureuse coïncidence, en diminuant leurs salaires grâce au déficit de mérite (et donc de prime) que ceux-ci ne manqueront pas de s’infliger quand ils seront « évaluer » par les traitres de cadres. L’éternel refrain sur « la France qui vit-au-dessus-de ses moyens » préfère donc s’acharner sur les travailleurs dont 13 % vit en dessous du seuil de pauvreté, fautifs de trop vouloir trop d’argent, alors que les actionnaires et les patrons, eux, sont sobres et payés comme il faut. C’est évident. LA vérité, c’est que l’Etat s’endette parce que les plus puissants dévorent toujours plus de profits. L’article ci-dessous rappelle qu’il s’agit d’un vieil objectif.

 


 

Grèce : la faillite planifiée des Etats souverains

 Le 5 mai, Le Monde écrit à la une le titre : « L'euro menacé par la peur de la contagion ». Mais est-ce la peur, ou la politique des oligarchies financières, qui détruit progressivement depuis deux décennies les acquis de l'après-guerre des populations ? Tout compte fait, l'euro n'aura été que l'un des outils pour préparer la démolition définitive des actuels Etats souverains garants d'un corpus de droits démocratiques et d'acquis sociaux que l'on cherche à supprimer. A travers des montages plus ou moins savants, les mêmes milieux financiers qui se trouvent à l'origine d'une crise que les « petits citoyens » payent déjà, empocheront des intérêts substantiels des prêts consentis à la Grèce. Une fois de plus, aux dépens de la grande majorité des habitants de ce pays. Et de toute évidence, la Grèce n'est, au sein de l'Union Européenne (UE), que la première victime visible de ce nouvel assaut. L'Espagne, la Grande-Bretagne, la France et tous les autres pays de l'UE sont également menacés par des stratégies débattues dans des cercles restreints, loin de tout véritable débat citoyen. Ce vendredi commencera à Dublin la réunion annuelle mondiale de la Commission Trilatérale. Début juin, la conférence de Bilderberg se réunira à Sitges, en Catalogne. Quel est le programme de ces réunions à huis clos ? Il semble bien que la mise à mort financière des Etats soit un élément essentiel de l'actuelle stratégie des oligarchies occidentales. Mais quel est le bilan réel de cette politique récurrente, depuis le déclenchement de l'offensive de privatisations et de délocalisations il y a vingt-cinq ans environ ? Tout compte fait, il en a découlé la ruine économique de l'Europe occidentale et des Etats-Unis.

Ce ne sont pas de simples spéculations : le Parisien du 5 mai évoque explicitement « l'idée d'une procédure codifiée d'insolvabilité des Etats » qui ferait actuellement le tour des couloirs des « décideurs » allemands avec le soutien de la présidence de la Bundesbank et de la chancellerie. Est-ce autre chose que le but recherché depuis deux décennies ?
Alors que la Grèce connaît une grève générale et des manifestations sans précédent dans un climat de plus en plus tendu, François Fillon annonce des « décisions difficiles ». Les retraites étant l'une des cibles de l'opération, mais pas la seule : les services publics, les organismes et structures de l'Etat... sont de plus en plus directement attaqués dans tous les domaines.

De la recherche où l'éducation (dislocation du Centre National de la Recherche Scientifique, CNRS, privatisation des universités publiques...) à la Gendarmerie Nationale et l'ensemble des Forces Armées, en passant par le service public de la santé (démolition de l'hôpital public) ou les cadres de la fonction publique (loi dite de « mobilité » des fonctionnaires), c'est l'existence même de l'Etat et du domaine public qui se trouve directement menacée.

 De même, la généralisation de la précarité et la disparition du Code du Travail font de toute évidence partie du programme.

Mais dans ce cas, à quoi auront mené ces vingt-cinq ans de privatisations et de délocalisations dont « nos élites » n'ont jamais cessé de faire l'éloge et dont l'Union Européenne a été un planificateur actif et un vecteur priviliégié ?

Il semble plutôt, tout compte fait, que par cette politique les oligarchies occidentales aient scellé leur décadence définitive à l'échelle planétaire. Triste fin, après plus d'un siècle et demi d'exportation incessante de capitaux conduisant à des guerres, à des aventures coloniales et à toutes sortes d'évènements néfastes. 

 

Où mènera finalement la faillite planifiée des Etats souverains jadis « riches » ? Les milieux financiers eux-mêmes ne semblent pas en contrôler les conséquences. Les tournants de l'actuelle crise du capitalisme occidental ressemblent fort à des passages écrits par Karl Marx il y a un siècle et demi. L'Etat privé envisagé par les super-riches comme un nouveau moyen de domination ne pourra amener que le chaos et la ruine totale.

 Paradoxalement, d'ailleurs, la destruction économique et la misère que les super-riches US et européens, et leurs exécutants, répandent dans « leurs propres » Etats anéantissent les bases mêmes de leur domination à l'échelle planétaire.

Dans un tel contexte, ni Bilderberg ni la Trilatérale ne permettront à « nos » oligarchies de rattraper la situation. Après la démolition des Etats, y aura-t-il autre chose qu'un grand vide dans ces zones de la planète jadis hégémoniques ?

 En ce moment critique, la solidarité avec la Grèce contre la mainmise des lobbies financiers constitue la meilleure défense de nos droits et de nos acquis sociaux.

 

Le collectif indépendant des chercheurs